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Bagarre électorale sur le monument arménien à Ixelles Déjà avant la visite du général Kilinc, le 29 mars 2003, sous l'égide de l'Ambassade de Turquie, le /Comité de coordination des associations turques/ avait lancé une campagne pour la démolition du monument arménien à Ixelles. Cette campagne était accompagnée d'une autre initiative du même comité en vue d'ériger, en revanche, un monument d'Atatürk dans un des endroits prestigieux de la capitale européenne. En effet, déjà aux élections législatives de 1999, le PRL avait été fort critiqué par les candidats turcs des autres partis à cause de ce monument arménien. Même un candidat turc à la Chambre sur la liste PRL, afin de regagner la confiance de ses compatriotes, avait promis de faire enlever ce monument et en revanche d'ériger à Bruxelles un autre monument dédié à l'humanisme de l'Empire ottoman. Le candidat en question n'a pas été élu, toutefois il a été récompensé par le PRL au pouvoir avec sa nomination au poste d'"attaché commercial de Bruxelles-Wallonie auprès du Consulat belge à Istanbul". Cette fois-ci, dans une page intitulée "La honte de la Belgique", le quotidien /Hürriyet/ du 13 avril 2003 rapportait que le Comité de coordination des associations turques avait envoyé à tous les leaders politiques, bourgmestres, députés et sénateurs belges un appel pour les informer que 140 mille turcs de Belgique étaient fort gênés de la présence d'un tel monument érigé par l'ancien bourgmestre Yves De Jonghe (MR, ancien PRL) en 1997 à Ixelles. C'est après cette visite du général Kilinc que la question de "monument arménien" est tout à coup devenue un des enjeux principaux de la campagne électorale des candidats d'origine turque. A chaque rencontre entre les candidats d'origine turque, on discute longuement la position de deux piliers du gouvernement actuel, PS et MR, relative à la question de génocide arménien et on s'interroge sur la manière d'influencer ces deux partis pour qu'ils prennent une position favorable aux thèses turques. Cette campagne en Belgique coïncide avec une nouvelle décision scandaleuse du gouvernement turc relative à la question de génocide arménien. Une circulaire du ministère turc de l'éducation nationale datée du 14 avril 2003 et envoyée à tous les établissements scolaires en Turquie, y compris les écoles arméniennes, demande l'organisation "de conférences et de concours de compositions" dans le but de "lutter contre les arguments relatifs au génocide arménien". (/Hurriyet/, le 12 mai 2003). Juste à la date de l'inauguration d'un autre monument arménien dans la capitale française par le maire socialiste de Paris, le 24 avril 2003, le /Hurriyet/ a rapporté que la première réponse favorable à cet appel en vue de démolir le monument d'Ixelles aurait été donnée par le président du PS Elio di Rupo. Selon le journal, M. Di Rupo aurait dit dans sa réponse du 10 avril 2003: "Votre demande a été bien comprise et notée de notre part. Dans ce contexte, l'instruction nécessaire a été transmise au bourgmestre d'Ixelles Willy Decourty (PS)." Toutefois, contredisant cette information, le même journal a annoncé dans son édition du 7 mai 2003 que le bourgmestre Willy Decourty (PS) aurait refusé la démolition du monument en soulignant que le génocide arménien est un fait historique et que le président du PS Elio Di Rupo, de sa part, aurait défendu la présence du ce monument en disant "Je ne peux pas rester silencieux devant ce génocide." Sous le titre "La défense arménienne a coûté cher", le /Hürriyet/ a affirmé que le Comité de coordination turque aurait fait un appel à tous les électeurs turcs pour ne pas voter pour le PS et a demandé aux Turcs figurant sur la liste PS de retirer leur candidature. "Sinon, l'esprit de nos martyres de g
uerre de libération nationale et de notre guide suprême Mustafa Kemal Atatürk va cracher à votre face!" déclarait le comité d'un ton menaçant. Quelques jours plus tard, un groupe appartenant au Comité de coordination et à /l'Association de la pensée ataturkiste en Belgique/ (BADD) ont manifesté devant le monument arménien à Ixelles en brandissant des drapeaux turcs et ont déclaré qu'ils manifesteront chaque semaine tant que ce monument ne sera pas démoli. En riposte, les candidats d'origine turque sur les listes électorales du PS, notamment un échevin de la Commune de Saint-Josse, candidat à la Chambre des représentants, dans ses interventions aux radios locales turques, essayent de minimiser ces attaques et rejettent toute la responsabilité de l'érection de ce monument à Ixelles sur l'ancien bourgmestre Yves De Jonghe (MR, ancien PRL). Compte tenu de la présence des électeurs non seulement d'origine turque mais également d'origines kurde, arménienne et assyrienne dans la Commune de Saint-Josse, il est effectivement difficile pour un échevin de prendre une position tranchante sur la question. Bien que la question du "monument arménien" soit fort exploitée par les candidats d'origine turque lors de leur campagne en langue turque dans les médias turcs, les deux partis en question, MR et PS, préfèrent l'ignorer totalement. Par contre, pour séduire les électeurs d'origine turque, plusieurs dirigeants de ces partis ne ratent aucune occasion pour faire des visites d'amitié aux associations turques pro-gouvernementales ou aux milieux d'affaires turcs. Là, on fait des éloges "à la turque" à la Turquie et même souvent au "système occidental et laïc" de ce pays... En ignorant toutes les critiques européennes concernant la situation des droits de l'homme et la domination militariste sur la vie politique dans ce pays, on promet sans cesse qu'ils feront leur maximum pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne sans parler des critères de Copenhague.
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