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L'indignation d'Yves Ternon 06/02/2003
Yves Ternon dénonce dans "Haratch"
une exclusion à caractère "antisémite" lors de la conférence Pro-Armenia

Jeudi 6 février 2003 - La Lettre de l'ADL -
Nous reproduisons in extenso l'article d'Yves Ternon intitulé " La tache " paru dans Haratch du 5 février 2003 :
 
" Il y a quelques semaines, les responsables de la conférence internationale " pro-armenia " - qui s'est tenue à Paris du 31 Janvier au 2 Février - , ont invité le professeur Yair Auron, de Tel-Aviv à intervenir sur le premier des trois thèmes retenus : la cause arménienne, le génocide et le XXI siècle . Comme on sait, le professeur Auron lutte, depuis des années, avec Israël Charny, pour faire connaître et reconnaître le génocide arménien en Israël. Il a participé à maintes reprises, aussi bien en France qu'aux Etat- Unis et en Russie, à des colloques. Nous avons à ces occasions travaillé ensemble et noué des relations d'amitié . Or, ce samedi matin 1er Février, alors que je me préparais à partir pour le Sénat où avait lieu la conférence, il m'appela au téléphone bouleversé. On lui avait fait comprendre qu'il était indésirable. Il me fit parvenir par fax le contenu d'une lettre qu'il adressait au responsable qui l'avait invité et il me demandait que cette lettre fût lue. Je partageai son émotion. Arrivé au Sénat où je devais faire une communication, je compris aussitôt que les organisateurs français de la conférence, la Fédération Euro-Arménienne pour la Justice et la Démocratie (ex-CDCA europe), étaient, eux aussi, profondément choqués par cette mesure discriminatoire. Ils reconnurent qu'ils avaient dû céder à des pressions venues des instances supérieures de leur parti (Dashnagsoutioun n.d.l.r.).
 
J'exigeais, comme Yair Auron m'en avait prié, que le contenu de sa lettre fût communiqué au public et je me proposais de le faire, ce qui fut spontanément accepté. Comme j'ignorais encore les circonstances exactes de ce rejet, je ne fis que lire ce texte, sans commentaire. Je constatais que cette dérogation grave aux règles de l'hospitalité ne provoquait pas de réaction particulière de la salle. Je ne parvenais à interpréter le sentiment général : gène ou incompréhension. C'est pourquoi, il me parut nécessaire de ne pas laisser les choses en l'état. Au retour du sénat j'appelai Yair Auron pour l'informer que sa lettre avait été lue et je lui demandai de me raconter ce qui s'était exactement passé. La veille de la conférence le jeudi 30 janvier, me dit-il, alors qu'il avait reçu ses billets et que les valises étaient faites, un responsable dachnak d'un autre pays que la France, lui fit comprendre qu'a la demande de délégués libanais à la conférence, sa présence n'était pas souhaitable et le pria de renoncer à venir. Il entra alors en contacts avec son hôte français, qui lui expliqua qu'en France tous ceux qui étaient informés étaient blessés par cette décision mais qu'ils avaient dû s'incliner. Je ressens, en tant que citoyen français, que chercheur sur le génocide arménien, en tant que proche - ô combien - de la communauté arménienne, un sentiment de honte que je préfère exposer publiquement plutôt que de le refouler, car cette affaire -il s'agit bien d'une affaire- doit éclater et il faut vider l'abcès ensemble. Résumons là : Yair Auron a été interdit de conférence à Paris, sur un ordre venu de l'étranger, parce qu'il était Israélien, parce qu'il était juif. Je me déclare totalement solidaire de mon ami Yair. Si je n'ai pas ce samedi matin, au sénat, laissé éclater publiquement mon indignation et que je me suis contenté de lire sa lettre avant ma propre intervention, c'est parce que j'étais insuffisamment informé et que je croyais naïvement que la lecture de cette lettre déclencherait une réaction. Comme il n'en fut rien, je ne veux pas laisser retomber le soufflé. Voici la lettre. Elle est rédigée en anglais, mais je l'ai traduite fidèlement et c'est avec son accord qu'elle est publiée. Je ne marque pas le nom du destinataire, car il ne s'agit en aucun cas d'une attaque ad hominem :

" Cher Monsieur xxx Veuillez avoir l'amabilité de lire cette lettre et ma brève intervention devant les participants de la conférence pro-armenia. Les pressions de dernière minute venues de quelques délégués pour annuler ma participation sont inacceptables. Le fait que je suis un juif Israélien, ne saurait en aucun cas, être une raison pour annuler mon invitation. Vous serez conscient que ce geste prend une signification particulière en considérant le fait que le thème de la conférence (tel qu'il figure sur mon invitation) traite du génocide arménien et de son déni. Nous ne pouvons pas non plus oublier que nous Arméniens et Juifs, fûmes tous deux victimes de haine raciale et, plus tard, de génocide Bien que je puisse comprendre que vous ayez dû céder à des pressions, il ne m'est pas possible de ratifier votre décision. Permettez-moi d'ajouter que les organisateurs de la conférence sur l'holocauste et le génocide en Israël, en 1982, furent confrontés à des pressions similaires. Les Turcs exigeaient des Israéliens qu'ils annulent l'invitation des chercheurs arméniens, mais les Israéliens ne succombèrent pas à de telles pressions. Souvenons-nous que notre lutte commune pour la reconnaissance du génocide arménien est porteuse, pour moi du moins, d'une signification morale majeure et que, dans notre combat moral commun, nous devons être cohérents. Je peux vous assurer que je poursuivrai ma lutte pour la reconnaissance du génocide arménien par Israël et par le monde. C'est mon obligation personnelle comme être humain, c'est mon obligation comme juif et comme israélien.

Yair AURON".

Il me paraît essentiel que, dans notre pays, chaque citoyen français d'identité arménienne comprenne l'importance de cette affaire. Des pressions partisanes, motivées par des préjugés racistes autant que par une situation politique explosive au Moyen-Orient, ont provoqué l'exclusion d'un homme qui a pris, dans son pays, des risques pour défendre une cause qu'il savait juste : celle de la reconnaissance du génocide arménien. J'espère de tout mon cœur que mon indignation sera partagée. Pour ma part, je ne laisserai pas la gangrène de l'antisémitisme gagner mon pays sans réagir."


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