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Le FRAT navigue en eaux troubles 21/01/2003
Publié dans La Lettre de l'UGAB
18/1/2003 n°438

 
Levée de boucliers au sein de la communauté arménienne de France, après l'annonce de la création du "Forum pour le Rapprochement des Arméniens et des Turcs".

Coup de tonnerre dans le monde arménien : un an et demi tout juste après l'annonce de la création de la Commission de réconciliation arméno-turque (CRAT), parrainée par le Département d'Etat américain, l'on apprenait le 3 janvier 2003 à Paris l'émergence sur la scène politique, après plusieurs mois de négociations, d'un Forum pour le Rapprochement des Arméniens et des Turcs (FRAT).

Censé relancer le dialogue entre les sociétés civiles arménienne et turque, qui fait du surplace depuis l'échec avéré de la CRAT, ce forum affirme dans sa déclaration d'intention que "la tragédie de 1915 a creusé un gouffre d'hostilité et de ressentiments entre les communautés [arménienne et turque]", pourtant liées par une "communauté de destin". Les adhérents du FRAT sont "convaincus que l'inimitié entre Arméniens et Turcs n'est ni définitive, ni insurmontable". Ils estiment que "tout en respectant la mémoire blessée de toutes les victimes de 1915 et de leurs descendants, le contentieux historique, aussi dramatique soit-il, ne doit pas constamment et exclusivement déterminer l'avenir".

Le FRAT considère qu'"au-delà de la nécessaire réflexion sur la vérité historique par les historiens et quelles que puissent être les divergences d'opinion des membres du FRAT sur les événements de 1915, il est aujourd'hui urgent d'entamer un dialogue entre Arméniens et Turcs, de même que leurs amis de toutes nationalités, soucieux de promouvoir la paix et la compréhension mutuelle".
Ce dialogue "entre les sociétés civiles arménienne et turque, engagé sans conditions préalables et fondé sur le respect mutuel", ne saurait cependant faire oublier aux yeux des fondateurs du FRAT, que "la responsabilité de progresser vers une réconciliation turco-arménienne revient d'abord aux gouvernements turc et arménien et ensuite à ceux de certains autres pays, dont les politiques, avant et après la Première guerre mondiale, ont joué un rôle dans l'histoire commune". Les signataires, qui veulent "à partir de la France, contribuer à la création d'un réseau européen, voire mondial, pour le rapprochement arméno-turc", souhaitent "contribuer à cette cause par leurs idées et leurs actions dans les domaines culturels, scientifiques et économiques, qui induiront des changements de perception et de comportement", et ils invitent "toutes personnes, associations, institutions et entreprises partageant [leurs] convictions à [les] rejoindre".

LE FRAT, FONDÉ PAR ONZE PERSONNALITÉS FRANÇAISES, TURQUES ET ARMÉNIENNES
Onze personnalités françaises, turques et arméniennes venues de divers horizons sont les membres fondateurs du Forum pour le Rapprochement des Arméniens et des Turcs. Son président est Patrick Carrale, un diplômé de l'Institut des Sciences politiques et de la Faculté de Droit de Paris-I, qui préside ou anime plusieurs associations orientées vers l'insertion, la défense de l'emploi, le développement économique local et l'action humanitaire.
Le FRAT a deux vice-présidents : Ara Cinar, membre du Comité exécutif du groupe France-Loisirs, ainsi qu'Ali Kazancigil, un politologue turc qui a travaillé à l'UNESCO durant de longues années, et qui est aujourd'hui vice-président du Comité France-Turquie.

Les autres membres fondateurs du FRAT sont le secrétaire-général Marc Buker, un juriste à l'origine de la première radio privée de Turquie, qui est aujourd'hui administrateur du Comité France-Turquie et président de l'Union des anciens élèves des écoles françaises de Turquie, mais aussi, côté turc, le grand reporter Goksin Sipahioglu, le célèbre pianiste Huseyin Sermet et la psychologue Kénizé Mourad ; côté arménien, on note également la présence du directeur-adjoint de la rédaction du journal L'Express, Christian Makarian, ainsi que celle du directeur-fondateur du Centre de Recherches sur la Diaspora Arménienn e (CRDA), Jean-Claude Kebabdjian. Enfin, le FRAT compte dans ses rangs un ancien président du Comité France-Turquie, Alexandre Jevakhoff, qui est actuellement conseiller pour les Affaires économiques, financières et administratives auprès du ministre français de la Défense, ainsi qu'un psychanalyste, Georges Juttner, expert en psychiatrie infanto-juvénile près la Cour d'Appel.

Cette déclaration d'intention, qui reprend par bien des aspects l'arsenal classique systématiquement déployé par la propagande turque, a déclenché une levée de boucliers au sein de la communauté arménienne de France. L'ADL-Ramgavar, tout en affirmant son "soutien au principe d'un dialogue entre les peuples arménien et turc pour le règlement de la Cause arménienne", a dénoncé dans un premier communiqué daté du 8 janvier la "remise en cause", dans la déclaration d'intention du FRAT, de la loi du 29 janvier 2001 aux termes de laquelle "la France reconnaît publiquement le génocide de 1915". L'ADL appelle à la "vigilance […] contre toute tentative de prolonger ou de légitimer la politique négationniste et révisionniste de la Turquie et de ses amis".

UNE MOBILISATION RÉCOMPENSÉE
Un appel à la vigilance prolongé samedi 11 janvier, sur les ondes d'Ayp-FM, durant l'émission "Cartes sur Table" consacrée à la création du FRAT. Lors du débat qui réunissait plusieurs personnalités politiques arméniennes (Jean V. Sirapian pour l'ADL-Ramgavar, Mourad Papazian pour la FRA Dachnaktsoutioun, Ara Krikorian pour le CCAF et Hilda Tchoboïan pour la Fédération euro-arménienne pour la Justice et la Démocratie), une bonne partie des participants et des auditeurs ont concentré leurs tirs sur Jean-Claude Kebabdjian, le seul membre fondateur du FRAT à avoir donné suite à l'invitation de la radio arménienne. Et pour cause : l'avant-veille de cette émission, soit jeudi 9 janvier, Ara Cinar et Christian Makarian annonçaient leur démission du FRAT.

Des démissions qui "ont permis de vérifier la justesse [des] craintes" nourries par l'ADL. Dans un deuxième communiqué daté du 14 janvier, le Parti Ramgavar suggère au FRAT "de se dissoudre purement et simplement".
De son côté l'UGAB, soucieuse de dissiper toute ambiguïté, précise à La Lettre de l'UGAB et au quotidien Haratch (14-01) que contrairement à ce qu'on peut lire dans le CV des fondateurs du FRAT, Ara Cinar n'est pas membre du Conseil d'administration de l'UGAB-France, et souligne que l'Union n'est en aucune manière mêlée à cette affaire.
Pour mettre un terme à toute prétendue ambiguïté, l'UGAB-France rappelle que "seuls son Conseil d'administration et son président sont habilités à engager l'UGAB, vérité d'évidence que d'aucuns feignent d'ignorer dans des déclarations à l'emporte-pièce".

En attendant une probable dissolution du FRAT, les termes de sa déclaration d'intention sonnent comme une poursuite en d'autres lieux, dans un autre contexte, par d'autres individus et à l'aide d'autres moyens, d'objectifs en tous points semblables à ceux de la défunte Commission de réconciliation arméno-turque et contraires, à l'évidence, aux intérêts arméniens. A la différence près que l'initiative parrainée par le Département d'Etat américain, elle, aura semble-t-il mis beaucoup plus de temps à faire long feu.

Un succès à mettre à l'actif de la communauté arménienne de France, dont la capacité de mobilisation aura vraisemblablement permis de déjouer un projet dangereux, dont la mise en oeuvre aurait pu assombrir durablement les perspectives de la cause arménienne.


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