 |
Quelles que soient la forme et la date des prochains rendez-vous après Copenhague Sine quo non d'une Turquie Démocratique et européenne
Encouragés tous azimuts par George W. Bush en échange d'obtenir la complicité de la Turquie dans sa croisade anti-irakienne, les dirigeants du pouvoir AKP, de mouvance islamiste, haussent le ton à la veille du sommet de Copenhague évoquant d'éventuelles mesures de représailles contre l'Europe. Le Parlement turc, qui devait adopter une série de nouvelles réformes démocratiques, notamment en matière de défense des droits de l'Homme et de lutte contre la torture, a brusquement ajourné ses débats en fin de journée. La presse turque parle d'un plan "B" du gouvernement turc selon lequel, en cas d'un échec à Copenhague, la Turquie annexerait la partie nord de Chypre. Selon plusieurs journaux, le gouvernement turc envisagerait également d'exclure les firmes françaises et allemandes d'appels d'offres en Turquie, notamment en matière d'armement, s'il n'obtient pas satisfaction à Copenhague. La chambre de commerce d'Ankara a appelé pour sa part au boycottage de produits européens au cas où l'UE s'abstiendrait de fixer à Copenhague une date ferme pour l'amorce des négociations d'adhésion. Et le chef du parti au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, est allé jusqu'à déclarer, lors de sa visite aux Etats-Unis, qu'Ankara chercherait à rejoindre l'ALENA (la zone de libre échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) si son entrée à l'UE était compromise. Par ailleurs, Ankara a clairement fait entendre qu'on ne pouvait attendre de progrès sur la question de la réunification de Chypre ou de la politique européenne de sécurité et défense si l'UE ne répondait pas à ses attentes. Qu'est-ce qu'ils attendent effectivement de l'Union européenne? La fixation d'une date d'ouverture des négociations d'adhésion même si Ankara n'accomplis pas tous les devoirs formulés dans les critères de Copenhague. Par contre, la majorité des dirigeants européens souhaitent, avant donner une date d'ouverture des négociations, connaître mieux les intentions du pouvoir AKP et observer le rythme d'amélioration de la situation des droits de l'homme dans la pratique. Parmi plusieurs réserves (démographique, économique, sociale, religieuse et culturelle) exprimées tardivement par des personnalités européennes vis-à-vis de l'adhésion turque, la réticence sur la fiabilité du pouvoir islamiste et sur la question des droits de l'homme sont les plus pertinentes. Bien que toutes les forces politiques turques semblent aujourd'hui réunies autour du pouvoir AKP (qui ne représente que 34,5% de la population) pour arracher une date de négociation, ces mêmes forces politiques, de gauche ou de droite, déclaraient lors de la campagne électorale qu'une éventuelle victoire de l'AKP constituerait un coup fatal pour le projet européen de la Turquie. De plus, au cours de quelques semaines de pouvoir absolu, les dirigeants AKP ont déjà donné plusieurs exemples de la contradiction entre leurs promesses "démocratiques" et leurs pratiques "antidémocratiques" en commençant par leur soumission totale à l'Armée. En effet, le président du parti Tayyip Erdogan et le Premier ministre Abdullah Gül répètent sans cesse qu'on ne modifiera jamais le statut privilégié des militaires et suivent les instructions que leur dictent les généraux lors des briefings organisés de manière humiliante dans le quartier général de l'Etat-Major. L'adoption de quelques amendements cosmétiques dans la législation n'est pas suffisante pour une véritable démocratisation. Les dirigeants de la Turquie, qu'est-ce qu-ils doivent faire? Pour prendre au sérieux leur discours de "démocratisation", les nouveaux dirigeants doivent immédiatement réaliser toutes les réformes indispensables réclamées par les organisations des droits de l'Homme. Ayant une majorité absolue à l'Assemblé nationale, ils n'ont aucun prétexte pour traîner cette amélioration. 1. Le diktat de l'Armé
e exercé par le biais du MGK doit être aboli et le chef d'état-major doit subir l'autorité du ministre de la défense nationale. 2. Tous les détenus politiques dans les prisons turques, dont le nombre s'élève à plus de 10 milles selon les chiffres donnés par le ministère de la Justice, doivent être libérés. 3. La Constitution actuelle imposée par les militaires en 1982 doit être entièrement modifiée en supprimant toutes les références à la suprématie de la nation turque et à la dominance de la pensée atatürkiste sur le système politico-social. 4. L'arsenal pénal du régime répressif doit être détruit par la suppression ou la modification de centaines d'articles incrustés dans toutes les lois. 5. Le système carcéral de Type F, cause d'une centaine de morts tragiques dans la résistance des prisonniers, doit être remplacé par un système plus humain. 6. Toutes les restrictions sur les libertés et les droits fondamentaux du peuple kurde et des minorités (arménienne, assyrienne, grecque etc.) doivent être abolies. Le droit d'enseignement et de publication dans la langue maternelle doit être reconnu sans aucune restriction comme il se pratique en Europe. 7. Le système électoral doit être modifié de sorte que le HADEP, majoritaire dans le Kurdistan turc, ou un autre parti kurde, puisse être représenté à l'Assemblée nationale pour pouvoir défendre les intérêts du peuple kurdes et des autres minorités. 8. La liberté de culte doit être reconnue non seulement aux musulmans sunnites, mais également aux autres catégories confessionnelles ou philosophiques comme musulmans alévites, non-musulmans ou non-croyants. Quelle que soit l'issue du sommet de Copenhague, même s'il sera fixé une date d'ouverture des négociations, la Turquie restera toujours un pays non-démocratique et son adhésion à l'Union européenne sera ajournée sine die. C'est la raison pour laquelle la décision du sommet européen doit réfuter d'une part tous les arguments religieux et culturels contre l'adhésion turque à l'Union européenne et de montrer d'autre part aux dirigeants actuels de la Turquie, quelle que soit leur appartenance religieuse ou philosophique, qu'ils doivent accomplir leurs devoirs élémentaires s'ils veulent sincèrement faire partie de la famille européenne.
*********************************** Informations récentes sur le sommet de Copenhague http://www.info-turk.be/flash.htm
|
|