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La Turquie se résigne... 13/12/2002
 "Il ne suffit pas de respecter l'acquis communautaire: il faut être aussi poli et civilisé" J. Chirac
La Turquie se résigne à l'offre des Quinze
[2002-12-13 16:08]
par Sophie Louet

COPENHAGUE (Reuters) - Un moment tentée d'entrer en résistance contre les Quinze, la Turquadlie s'est finalement résignée à l'offre des dirigeants européens pour l'ouverture de négociations d'adhésion à partir de fin 2004, promettant de faire le maximum pour honorer ce rendez-vous.

"Nous mettrons tout en oeuvre pour entamer des négociations en 2004", a dit Recep Tayyip Erdogan, approuvant implicitement le calendrier fixé par les Quinze, sur la base d'une formule mise au point par Paris et Berlin

"Nous allons poursuivre nos efforts. Le processus d'harmonisation vers le respect des critères de Copenhague que nous avons engagé se poursuivra", a affirmé le chef du Parti musulman turc de la Justice et du Développement (AKP).

"Il se poursuivra au même rythme. Nous avons un gouvernement fort (...) et il continuera à prendre des décisions rapides en ce sens", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre turc, Abdullah Gül, en marge du sommet de Copenhague.

Les deux responsables turcs, qui ont rencontré vendredi Jacques Chirac et Gerhard Schröder, ont fait part de leur "déception" quant à la proposition de l'Union européenne pour l'ouverture de négociations.

Les Quinze ont décidé d'évaluer en décembre 2004 les progrès réalisés par la Turquie vers la démocratie et un meilleur respect des droits de l'homme et, si le bilan est positif, d'entamer des négociations d'adhésion dès que possible. Ankara souhaitait un lancement des négociations fin 2003-début 2004.

"Nous nous sommes efforcés d'obtenir une date avant 2004, tous nos efforts tendaient vers cela. L'Union européenne en a décidé autrement", a regretté Abdullah Gül.

Une déconvenue toute en modération qui tranchait avec la virulence des précédentes attaques du Premier ministre turc contre les Quinze, et plus particulièrement contre Jacques Chirac.

Lors d'un entretien téléphonique vendredi matin avec Tony Blair, l'un des premiers soutiens aux revendications turques, Abdullah Gül avait dénoncé la "discrimination" et le "parti-pris" des Quinze et exigé une reformulation des conclusions du sommet de Copenhague.

TONY BLAIR CONCILIANT

Il avait également accusé le président français d'avoir exercé un "chantage" sur ses partenaires pour les rallier à la proposition franco-allemande sur la Turquie.

Le Premier ministre britannique a fait valoir aux Turcs que l'échéance de décembre 2004 correspondait à "la date ferme" qu'ils réclamaient et que les négociations pourraient s'ouvrir avant cette date-butoir si la Turquie faisait la preuve de sa conformité avec les critères politiques définis en 1993.

La ténacité de la Turquie s'expliquait notamment par la crainte d'être "prise en otage" par ceux des futurs pays membres qui, comme Chypre, seraient susceptibles de s'opposer à son entrée dans le bloc européen.

L'intégration des dix pays candidats (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovénie, Estonie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie, Chypre, Malte) sera effective le 1er mai 2004.

Pour dissiper les inquiétudes d'Ankara, les Quinze ont assorti leur décision d'un engagement ferme des dix futurs membres en faveur de l'ouverture de négociations avec Ankara.

Le projet de conclusions du Conseil de Copenhague, que les Quinze ont catégoriquement refusé d'amender, stipule que "si le Conseil européen, en décembre 2004, sur la base d'un rapport et d'une recommandation de la Commission, décide que la Turquie remplit les critères politiques de Copenhague, l'Union ouvrira les négociations d'adhésion avec la Turquie".

La stratégie choisie par le nouveau gouvernement d'Ankara, qui avait été chercher le soutien des Etats-Unis, dont le président, George Bush Jr, est intervenu personnellement auprès de la présidence danoise en faveur de l'adhésion turque, a finalement joué contre la Turquie.

Même le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, pourtant fervent partisan de la candidature turque, a estimé que ce type de pression était absolument "inacceptable".

Selon un participant à la réunion de jeudi soir, Jacques Chirac a déclaré en séance qu'il ne "suffit pas de respecter l'acquis communautaire: il faut être aussi poli et civilisé" - d'où le "coup de sang" de Gül contre le président français.
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